DU^MlMIMUTlBUR 1* DilOOttïSprononcé à l'ouverture du cours de cochincf*.« ^l'École annexe do la Sorbonne. ' 2* les Six Intonations chex les Annamites. 3* Sa Système des intonations chinoises et de ses rapports avec celui des intonations annamites. 4* Hait Contes ea langae cochiachinoise, suivis d'exercices pratiques sur la conversation et la construction des phrases par P.
Trirorng Vinh Ky, transcrits en caractères figuratifs, par M. Essai snr les affinités de la civilisâtUD chez les Annamites et chez les Chinois. Dialogues cochinchinois, publiés en 1838 sous la direction de Monseigneur Taberd, évoque d'Isauropolis, expliqués littérale' ment en français, en anglais et en latin, avec étude philo- logique du texte, par M. — Tfp*{r«pM« G«or{<i Cfcuierci, nw itt $tXMi-fht% Il CHRESTOMATHIE COCHINCHINOISE TABLE DU PREMIER FASCICULE.
j PREMIÈRE PARTIE (Texte annamite) i DEUXIÈME PARTIE (Traduction française) I TROISIÈME PARTIE (Texte en caractères cochinchinois) 1 Parti. — lafriacri* Cmpi Çhmtni, rat ta Salato-PtmbI». IlTRODUCTION, Le recueil de textes annamites que je soumets aujour- d'hui à l'approbation des orientalistes sous le nom de Chrestomathie cochinchinoise, est destiné à combler, en partie du moins, une lacune regrettable. Personne, en effet, parmi les linguistes qui se sont occupés de l'idiome parlé dans l'empire d'Annam, n'a encore, à ma connais- sance, songé à s'occuper de ce travail déjà fait pour d'autres langues de l'Orient, dont il facilite singulière- ment l'étude; car il permet aux personnes qui s'y adon- nent de trouver, réunies dans le même volume, des pièces écrites dans des styles différents, dont l'examen nécessiterait l'acquisition de livres d'ordinaire fort coû- teux, alors même qu'ils ne sont pas introuvables.
Je n'ai pas la prétention d'offrir au public une oeuvre complète et surtout irréprochable, mais je m'estimerai heureux si le travail auquel je me suis livré peut être de îj 7 INTRODUCTION. quelque utilité aux élèves de l'École des langues orien- tales comme à tous ceux qui entreprennent l'étude do l'annamite. Pour bien saisir la différence des styles dont j'ai cher- ché à réunir ici quelques spécimens, il est nécessaire de connaître les circonstances qui ont influe sur la forma- tion de ja langue cochinchinoise, telle qu'elle s'écrit et se parle aujourd'hui. Ces modifications peuvent être, si je ne me trompe, considérées comme le résultat de deux influences princi- p.t!t;s : i° L'influence chinoise, 9° L'action des missionnaires européens.
En effet, les observations que j'ai pu faire sur la struc- ture delà langue cochinchinoise et les éléments qui la composent nie portent à penser que l'annamite actuel provient d'une langue primitive, parlée par un peuple, les Giao-chi, autrefois possesseur du sol occupé actuel- lement par les États qui se partagent le sud de la pénin- sule indo-chinoise, peuple modifié par les races qui vin- rent postérieurement prendre pied dans le pays, mais dont la langue a été en plus ou moins grande partie conservée par elles, selon que les modifications de sang et de voisinage ont été plus ou moins profondes (i). (I) Voir mon discours d'ouverture au cours d'annamite fait a l'annexe de la Sor- bonne. C'est ainsi que les Annamites actuels ont conservé cet idiome primitif d'une manière beaucoup plus intégrale que les Cambodgiens, par exemple, chez qui le sang indo-malais prédomine, et dans la langue desquels on en retrouve relativement peu de traces (i). Mais, en outre, sous l'influence des Chinois, dont les premières émigra- tions dans le pays d'Annam remontent à une époque extrêmement reculée, cette même langue primitive ad- mit une grande quantité d'expressions provenant de l'idiome du Céleste-Empire, expressions dont le nombre dut aller toujours en croissant, à mesure que beaucoup de termes de la langue des anciens Giao-chi durent tom- ber en désuétude, par suite de ce frottement intime et continuel avec la race chinoise, et de l'étude des livres classiques de ta Chine, base des concours littéraires, qui (I) Il en existe pourtant de tres-reconnaissables; ainsi, par exemple, les mots cambodgiens ché injurier, chhvéa matais, bey trois, day, main, chay pou, thngay jour, khô pantalon, nokor région, buôn quatre, sont sensiLiement les mêmes que les mots annamites chê, chà, va, ba, tay, ckây, ngày, khô,, lurdc, bon.
Il est probable qu'en dépouillant le vocabulairecambodgien, on trou* verait un nombre considérable de mots identiques, quant h l'origine, arec leurs cor • respondanls annamites. Il faudrait néanmoins prendregarde, en faisant celte recherche, d'attribuer à Une langue primitive tous les i.ioU qui se retrouvent h peu près semblables dans les deux idiomes. Certains mots, tels que chut rat, TOÛng dragon, en annamite chtu)t, rang, viennent évidemment du chinois. Ces derniers, qui me paraissent d'ailleurs devoir être en fort petit nombre, montrent que l'influencede la langue chinoise « du s'exer- cer, au moins par contiguïté, jusqu'au sein de l'ancien royaume des Khmcr, soit par l'intermédiaire de la Cochinchinc, soit, et plus encore, par Celui du Siatn, dont là politique a si souvent pesé sur les destinées du Cambodge.
sont dans l'A nnam, comme dans ce dernier pays, la porte qui donne accès aux divers grades du mandarinat. En comparant ces expressions sinico-annamites avec les mots chinois qui leur correspondent, tels que les lettrés du nord de la Chine les prononcent aujourd'hui, j'ai pu constater un fait assez curieux, et qui, je crois, n'avait pas encore été signalé jusqu'à présent : c'est que tel caractère figuratif chinois, prononcé actuellement dans le nord de la Chine d'une manière donnée, a, en annamite, non pas un seul, mais au moins deux corres- pondants de même signification. De ces deux correspon- dants, l'un, dont la prononciation se rapproche le plus de celle adoptée en Chine par le dictionnaire type de l'empereur Khang-hi, n'est employé que dans le style élevé, que l'on pourrait appeler style sinico-annamite ; l'autre, au contraire, qui s'en éloigne davantage, et dont la prononciation rentre beaucoup plus, si je puis m'ex- pritncr ainsi, dans la gamme des sons propres à l'idiome cochinchinois, est devenu mot usuel, et s'emploie à peu près exclusivement dans la langue courante. Quelle est la cause de ce phénomène linguistique ? On peut, je crois, l'expliquer de deux manières : Les notions historiques que nous possédons sur le royaume d'Annam nous apprennent que, pendant de longs siècles, ce pays a subi la pression de la politique chinoise, et que, plus d'une fois, l'empire du Milieu a INTRODUCTION.
V débordé sur lui, envoyant, pour le réduire ou le coloni- ser, de véritables torrents envahisseurs. On voit, notamment, deux de ces irruptions se suivre à près de huit siècles d'intervalle : la première dans l'an- née Dinh hôi, ai3 ans ayant J.-C, où le trop célèbre empereur chinois Tân-chi-hoàng de (i), « convoitant», dit la chronique chinoise traduite par le P. Legrand de la Liraye, « la richesse du Viêt, et la grande quantité de ses pierres précieuses, résolut de s'emparer de toutes ses seigneuries et de tous les Huyên » (2), et envoya, dans ce but, une armée de cinq cent mille hommes dans le pays; et la seconde près de huit cents ans après, au temps de la dynastie des trois royaumes, oit le général Sin-Hfp, à la tête d'une invasion formidable, vint faire peser d'une main de ferla domination chinoise sur le pays d'Anna m, imposer l'emploi des caractères chinois dans les actes officiels, et proscrire celui des caractères annamites pri- mitifs, dont on ne trouve plus aujourd'hui que quelques traces clans des inscriptions sur pierre qui subsistent encore au sommet du mont Dabia (3) et dans les envi- rons de Hué (4). (1) Thsin-chi-heâng If, le brûleur de livres.
(2) Notes historiques sur la nation annamite, par le P. Legrand de la Lirave. Saigon, imprimerie nationale. (3) Abrégé de la grammaire annamite de M.
Tru*0*ng Vinh Kjr, Saigon, imprimerie nationale (en note). Dire Chaigneau, fils de l'un des grands mandarins de l'empereurGia- VJ INTRODUCTION. L'introduction d'un grand nombre de mots chinois dans l'idiome delà Cochincliine a évidemment sa source dans cette immixtion intime et répétée delà race chinoise dans les affaires du pays; et la particularité linguistique que je signalais tout-à-l'heure provient, soit de ce qu'aux différentes époques où l'influence chinoise s'est fait le plus fortement sentir, et notamment lors des deux grandes invasions dont je viens de parler, la majorité des indi- vidus qui les constituaient aurait été formée d'hommes appartenant à des régions différentes de l'immense empire du Milieu, et parlant, par suite, des dialectes différents; soit, et je penche beaucoup plus pour celte interprétation, parce que la prononciation chi- noise a du notablement changer pendant l'espace de temps considérable dans lequel se sont effectuées ces ir- ruptions principales; soit enfin pour ces deux causes réu- nies. Maintenant, comment se fait-il que la prononciation importée en dernier lieu, très-probablement lors des règlements de Sin-hfp, n'ait pas été adoptée à l'exclusion de l'ancienne ? Comment a-t-on pu continuer à dire simultanément tue et tuôi, di et d5, tu* et chfr? C'est que, sans doute, la première de ces deux pro- long, en donne l'indicationdans l'ouvrage extrêmement curieux cl intéressant qu'il a publié, il y a quelques années, sous le litre de Souvenirs de Hué.
VIJ nonciations était en usage en Chine à l'époque où l'em- ploi des caractères de ce pays fut imposé à la nation co- chinchinoise, et que, par suite, elle fut conservée comme obligatoire dans les actes officiels, tandis que les mots chinois prononcés de la seconde manière étaient em- ployés depuis fort longtemps dans le pays, furent peut- être, en outre, altérés par l'usage en prenant, si je puis m'exprimer ainsi, la physionomie locale, et ont été consacrés dans la langue vulgaire. Ce qui le prouve, c'est que, de ces deux prononciations, l'une est restée affectée aux actes officiels et au style le plus élevé, où les Annamites considèrent comme de très-bon goût de mêler beaucoup de chinois, tandis que l'autre est à peu près exclusivement réservée pour le style de la conver- sation journalière. Du reste, les deux actions dont je viens de parler, tout en se faisant sentir avec beaucoup plus d'énergie à l'époque des grandes invasions, ont dû s'exercer d'une manière plus ou moins continue, parallèlement à l'in- fluence qui les produisait. Kn l'année 161/1, l'empereur japonais Dai-fu-Sama rendit un édit d'expulsion contre les'missionnaires et les sujets de son empire qui avaient embrassé la religion chrétienne.
Les uns se retirèrent aux Philippines et à Macao; les autres se réfugièrent en Cochiiichine, à Siam, au Cambodge, dans l'île de llaï-nan et le Ton- VHJ INTRODUCTION. Alors commença la célèbre mission de Cochin- chine, que devaient illustrer les Alexandre de-Rhodes, les Delgado, les Hénarès, les Pigneau de Behaine, et dans laquelle tant de martyrs devaient répandre pour la foi leur sang glorieux. Mais l'action des nombreux mis- sionnaires qui portaient dans ces lointaines contrées la lumière de l'Évangile ne dut pas s'exercer uniquement dans la,sphère religieuse. Un autre effet subsidiaire se produisit naturellement sur la langue du pays d'An- nam.
Instruits dans les lettres européennes et dans les idiomes de l'Occident, ces hommes de Dieu, en compo- sant de nombreux ouvrages pour mettre à la portée du peuple qu'ils évangélisaient les vérités qu'ils étaient venus lui enseigner, durent en arriver, grâce à leurs études antérieures, à parler et à écrire l'annamite plus purement qu'on ne l'avait fait jusque-là ; ils le gramma- tkalisercnly s'il était permis de forger ce mot, et l'in- fluence, qu'ils avaient exercée eux-mêmes sur la langue dut se continuer et s'amplifier encore, lorsque des in- digènes, instruits à leur école, se chargèrent également de la rédaction des livres nécessaires à la propagation de la foi catholique. Voici une preuve qui me semble venir à l'appui de ma manière de voir à ce sujet : Lors des terribles persécu- (I) Mission do ta Cochinchine et du Tonkin, ouvrage publié par h Compagnie de S&ttt, Donniol, 1858.; ÎX tions qui sévirent après la mort de l'empereur Gia-long, l'ami de M8' l'évêque d'Adran et le protecteur des chré- tiens, un grand nombre de livres furent détruits par les mandarins. Or depuis ce temps, à Saigon au moins, la langue semble avoir dégénéré sensiblement, de l'avis même des indigènes instruits (i).