UNIVERSITÉ NATIONALE DE HA NOI ÉCOLE SUPÉRIEURE DES LANGUES ÉTRANGÈRES DÉPARTEMENT POST - UNIVERSITAIRE NGUYÔN THÞ PH¦¥NG ANH L’EXPRESSION DE LA TEMPORALITÉ EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES POST - UNIVERSITAIRES OPTION : Linguistique CODE : 60.20 TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 1 INTRODUCTION Raison du choix du sujet de recherche “ On pourrait croire que la temporalité est un cadre inné de la pensée. Elle est produite en réalité dans et par l’énonciation. De l’énonciation procède l’instauration de la catégorie du présent, et de la catégorie du présent naît la catégorie du temps “ E.Benveniste, Problèmes de Linguistique générale, Gallimard Le but de l‟apprentissage et de l‟enseignement du français est évidemment de communiquer dans la langue. Parler, s‟exprimer, c‟est de se situer par rapport à soi – même, aux autres, à un lieu et au temps.
Alors, que signifie se situer par rapport au temps? Cela veut dire qu‟on entre dans la chronologie, une chronologie qui peut être mise en évidence par le temps même du verbe: je lis (présent ), je lisais, j’ai lu ( passé ), je lirai ( futur ), dans la temporalité, où l‟on entre, en somme dans le courant de la vie. Mais c‟est aussi entrer dans un contexte. Celui qui parle peut évoquer des faits qui se déroulent : - au moment de la parole, et il y a simultanéité - avant l‟acte de parole, et nous nous plaçons dans l‟antériorité - après l‟acte de parole, et nous sommes alors dans la postériorité. Pour traduire ou éclairer cette chronologie, cette temporalité, cette mise en contexte, la langue dispose toutes sortes de moyens grammaticaux, syntaxiques, lexicaux… tels que: • Le verbe et ses compléments.
• Les temps morphologiques (pour les langues comme le vietnamien dont les verbes ne changent pas de formes, il s‟agit des particules préverbales ou postverbales ). • Les adverbes de temps et les locutions adverbiales d‟aspects comme souvent, toujours … • Les prépositions et les locutions prépositives comme dès, au fur et à mesure de (que) … • Les formes des phrases comme le gérondif, le participe … • Les propositions subordonnées temporelles. TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 2 Ces élements vont se combiner dans un énoncé d‟après les règles bien définies et spécifiques de chaque langue. Il est à remarquer qu‟ils entretiennent une relation interactionnelle entre eux et que l‟un constraint l‟interprétation de l‟autre ainsi que celle de l‟ensemble.
Par conséquent, pour décoder les données temporelles d‟un énoncé particulier, l‟auditeur (ou le lecteur, en cas d‟un document écrit ) doit tenir compte d‟une part de la valeur sémantique de chaque élement mis dans la relation avec son entourage et d‟autres parts des facteurs contextuels. Ces facteurs imposent certaines contraintes dans l‟interprétation temporelle de l‟énoncé. C‟est à cause de sa complexité que la tradition linguistique s‟est intéressée, depuis ses débuts, au phénomène de la temporalité. Née essentiellement avec les réflexions philosophiques du XVIIIe siècle, théorisée de façon abstraite par le linguiste de renom Gustave Guillaume, puis reprise, critiquée ou approfondie par de nombreux sémanticiens, la conception du temps comme catégorie conceptuelle propre au langage a pris droit de cité.
Du coup, ce phénomène langagier ne pouvait être réduit à la seule catégorisation formelle des temps verbaux, ce pourquoi il continue à s‟écrire de nombreuses thèses et articles scientifiques sur ce sujet. Les constantes de ces apports, susceptibles de faire l‟objet d‟un certain consensus, sont les suivants: - Le temps n‟est pas seulement une donnée de l‟expérience, il est résultat d‟une construction – représentation du monde, à travers le langage. - Le temps, comme catégorie conceptuelle de langue, entretient des rapports plurivoques avec les différentes catégories formelles qui servent à l‟exprimer, et donc ne se manifeste pas seulement dans la catégorie du verbe. - Le temps est une catégorie complexe dont la structure se compose de plusieurs aspects.
- Le temps, comme catégorie linguistique, s‟organise autour d‟une référence unique: la situation du sujet parlant au moment où il parle. Ce sont ses complexités qui font de la temporalité une des grandes difficultés pour les apprenants de langues étrangères. Pour les apprenants vietnamiens voulant bien apprendre le français, cette difficulté est double du fait de grandes différences entre ces deux langues en matière d‟expression des données temporelles. En fait, le vietnamien n‟a TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 3 pas de formes verbales qui sont des moyens essentiels en français pour représenter les informations temporelles liées à la situation à décrire.
En effet, au lieu de ces formes, notre langue a un système très développé des moyens lexicaux dont les particules pré et post verbales. La conséquence est que durant leur apprentissage du français, la plupart des apprenants vietnamiens ont toujours du mal à maîtriser les moyens d‟expression temporelle en français, dont les formes verbales, les conjonctions, les formes de phrases etc… On commet souvent des fautes lorsqu‟il faut faire le choix entre le passé composé et l‟imparfait, ou celui entre le futur simple et le futur antérieur, entre quand et au moment où Ces difficultés sont les raisons majeures qui nous ont poussés à choisir “ L’expression de la temporalité en français et en vietnamien “ comme sujet de notre étude. De ce sujet, pour mieux réaliser la tâche donnée, notre problématique sera : quelles sont les caractéristiques linguistiques de la temporalité en français et en vietnamien ? Objectifs de recherche En réalisant cette recherche, nous visons les objectifs suivants : D‟abord, nous déterminons les caractéristiques des moyens d‟expression de la temporalité en français et en vietnamien. Ensuite nous relevons et analysons les ressemblances et les différences entre les deux langues, à propos des moyens d‟expression de la temporalité.
Nous espérons que ce travail pourrait contribuer à une présentation plus claire et plus opératoire du mécanisme d‟encodage des informations temporelles dans ces deux langues. Questions et hypothèses de recherche Afin de réaliser ces buts, nous nous sommes posé des questions de recherche suivantes: 1- Quels sont les moyens d‟exprimer la temporalité en français et en vietnamien? 2- Y a – t – il des différences et des ressemblances? Si oui, comment se manifestent – elles? À partir des questions ci – dessus, nous formulons les hypothèses de recherche suivantes: - Hypothèse 1: Chaque langue a des moyens d‟exprimer la temporalité. Le français et le vietnamien ne sont pas des exceptions. TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 4 - Hypothèse 2: Il y aurait des différences et des ressemblances dans l‟expression de la temporalité.
- Hypothèse 3: Les différences peuvent se manifester sur plusieurs niveaux ( grammaticaux, lexicaux, textuels …) Méthodologie de recherche En tant qu‟une analyse microlinguistique et unidirectionnelle, cette recherche est à caractère descriptif, analytique, synthétique et comparatif. Après avoir décrit et analysé des données textuelles qui sont extrait des romans, nous avons synthétisé et classé de façons logique et cohérente les moyens d‟expression de la temporalité en français et en vietnamien. Les comparaisons sont faites de façon intra- et interlinguistiques. Les moyens d‟expression de la temporalité en français sont comparées avec leurs homologues vietnamiens pour trouver les ressemblances et les différences.
Limite de recherche Le problème de l‟expression de la temporalité en français et en vietnamien est un grand domaine. Pourtant, faute de temps et de connaissances, ce travail de recherche ne se limite qu‟à l‟étude des moyens d‟exprimer la temporalité en français et en vietnamien à travers les romans Seras – tu là? de Guillaume Musso et Hai người đàn bà xóm trại de Nguyễn Quang Thiều TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 5 CHAPITRE I CADRE THEORIQUE 1 – Notion de temps On s‟est toujours posé des questions concernant le problème de temps. La raison en est que le temps est notre maître, que nous le subissons, qu‟il nous échappe. Le temps peut être perçu tantôt comme une notion fondamentale conçue comme un cadre dans lequel se succèdent les événements, tantôt considérée comme une force agissant sur le monde et sur les êtres : (le temps passe vite), enfin comme une dimension de l‟univers susceptible de repérage, de mesures (le temps est de l‟argent).
De ces conceptions sont nés des calendriers lunaires ou solaires fondés sur la révolution de la lune autour de la Terre ou de la terre autour du soleil, des calendriers basés sur le climat, les récoltes comme le calendrier républicain où chaque jour de l‟année fut associé à une production agricole, à un outil ou à un animal. Ou encore comme le calendrier lunaire utilisé par les Chinois et les Vietnamiens où chaque heure, chaque jour, chaque année porte le nom d‟un animal qui peut être faste ou néfaste. Notre objectifs dans ce présent travail n‟est pas de parler du temps vécu considéré comme subjectif qui est l‟objet de la psycologie et de la phénoménologie, ni non plus du temps réel ou objectif, objet de la science de la nature. Le temps dont nous parlerons c‟est le temps linguistique, le temps qui figure dans la langue et régit les faits linguitiques.
Mais dans ce domaine aussi, il faut distinguer le temps comme relation sémantique, et le temps morphologique qui sert à regrouper les différentes formes d‟un verbe ne se distinguant que par les personnes. Ainsi, parle et parlons appartiennent au même temps morphologique appelé « présent de l‟indicatif ». A la base, il y a le présent ; à chaque acte de parole, l‟énonciateur crée un présent. Il faut passer du temps linguistique au temps socialisé, ce qui permet au locuteur de faire une correspondance entre le temps et la déixis, par exemple : aujourd’hui va avec le présent si le procès est actuel.
Pourtant, le temps linguistique, considéré comme une catégorie grammaticale (il y a une correspondance permanente entre la notion et la forme qui l‟exprime), n‟existe pas en TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail. Mais cette langue a des moyens pour exprimer les relations sémantiques temporelles. Ce sont par exemple les particules, les adverbes de temps, l‟ordre des éléments dans l‟énoncé. Il faut remarquer cependant que les particules comme : đã, đã từng (passé), có (passé), vừa, mới (passé récent), đang (présent), sẽ (futur).
ne sont pas employées d‟une façon systématique et obligatoire. Par ailleurs, leur emploi dépend de la situation de communication : orale ou écrite, habituelle ou non habituelle. Il est vrai aussi que les particules ont des emplois autres que temporels. Néanmoins, cela ne veut pas dire que la langue vietnamienne ne possède pas de catégorie de temps.
Il faut noter également qu‟il existe des langues où le temps linguistique, l‟aspect et même le mode sont essentiellement exprimés par le procès tandis que pour d‟autres, il est exprimé par des adverbes déictiques, des anaphores et / ou des particules (le cas du vietnamien entre autres). Toutefois, chaque langue doit trouver un ou des moyens pour exprimer une notion qui existe dans les autres langues. Il en est de même pour la représentation linguistique elle – même. Un autre aspect qu‟il est indispensable de retenir c‟est que le langage est linéaire.
« Tout ce qui est dit est nécessairement situé dans le temps » a remarqué L. Gosselin (1996a) à propos du temps linguistique. On constate que pour exprimer la temporalité, chaque langue utilise un moyens principal et un ou plusieurs moyens secondaires mais aussi par des types de procès, ou par des adverbes de temps ainsi que les conjonctions de la phrase complexe à proposition subordonnée temporelle. Ce qui nous intéresse dans ce travail, ce sont les façons de présenter les faits des Français et des Vietnamiens à travers l‟organisation linguistique, mais aussi par bien d‟autres moyens que par les temps grammaticaux.
2- Les catégories de temps et d’aspect existent – elles en vietnamien ? On discute, dans les traités et articles de grammaire, de l‟existence ou de la non existence du temps en vietnamien. On peut regrouper les points de vue en quatre tendances. TIEU LUAN MOI download : skknchat@gmail.com 7 La première plaide pour l‟existence du temps (G. Il écrit que le verbe vietnamien ne change pas de forme.